29 déc. 12
Avanti!

Janvier. Un canapé moelleux. La salle surchauffée, la moquette épaisse, oui on était bien in england. En guettant d'un oeil distrait les douze coups de minuit j'expliquais à quelqu'un comment réaliser ce châle en crochet vert qui m'occupait dans le métro ou dans les files d'attente. 2012! Cette année je ne l'avais pas trop pensée, elle m'apparaissait un peu comme une lointaine montagne. On sait qu'on finira par être en haut, mais ça paraît un peu trop loin pour qu'on ait besoin d'y penser. Le lendemain on avait fait du vélo dans des rues désertes, une lumière un peu jaune. Une journée à faire durer des mois, je chéris ces souvenirs. En rentrant il a vite été question de se remettre dans les rails. Je me souviens des larmes inopportunes, parfois, souvent. Février. Une routine qui colle les ailes, les stages, les cours, il pleuvait. Les dimanches c'était souvent devant un film, une de ses grosses vestes sur les épaules,et des mailles entre les doigts. Je ne me souviens pas avoir guetté le printemps tant que ça. J'ai commencé à rencontre Mme K. pour mon mémoire. Sceptique(s), puis on s'est parlé, un peu, je crois. Parfois j'avais peur, tout le monde dans ma classe commençait à parler de l'après. Après, après, après... Quand on sera estampillé grandes c'est ça? Parfois on commençait à se parler, dans le salon, dans la chambre, ou chacun dans son coin. Moi j'avais peur des mots qui brûlent la bouche. Mars. Il a fallu avoir 25 ans. Ohlala! Du thé, plein plein de chouettes thés, que je bois encore aujourd'hui en murmurant merci. J'aime bien que ces 25 ans s'étirent comme ça. Mais sur le coup, brr... ça veut vraiment dire que je suis obligée d'être grande, d'être mortelle, de penser que oui la vie c'est bien maintenant. Le premier que maman ne m'a pas souhaité non plus, ça sentait le vide. Les candidatures partaient à droite, à gauche. L'apnée s'intensifiait, chez le M. à qui on parle je tournais en rond, je répétais, je répétais, mais j'avais l'impression de ne pas avoir le choix de ce que je disais. Je participais à une formation sur l'autisme,mais je n'étais pas d'accord avec ce qui s'y disait. Les révisions ont commencé, dans l'herbe, nos ordis. Je me souviens de ce garçon, le nouveau copain de ma copine, il lui touchait le bout des cheveux, je m'étais sentie dans un film de Rohmer. Quelques jours encore à vivre sans le connaître... Avril. Après ça a été un peu fou, en apnée toujours, j'ai parlé pour de vrai. Il est bien possible que je n'ai pas su faire, que faire au moins pire dans ces cas là ça n'existe pas. J'ai mangé du coq au vin en boîte avec une copine, en parlant d'oser. Elle a pensé que j'étais un peu folle, lui aussi peut-être. Chez le psy j'ai pleuré, parce que je savais. Puis un soir il m'a écrit Mademoiselle bonsoir, je m'ébroue et je me dirige en votre direction. Mai. Des pivoines et du champagne. Il y a eu des mots inédits. De la dolce vita complètement inattendue. Revoir Rome, et son doigt pointé sur tout. Des larmes et des choses qu'il fallait sortir, une fois pour toute, au fond d'un lit qui n'était pas le nôtre, assez saoûle pour ne pas tout à fait penser que c'était moi qui disait tout ça. Juin. Se scinder, pour vivre à la fois les mots cahin-caha, et notre enthousiasme grandissant. Quelques sueurs froides lors de la rédaction des dernières lignes du mémoires, sa confiance anihilant mes tremblements. Le jour de la soutenance, mes collants plumetis m'ont porté chance. Je me souviens du carrot cake d'alors. La langueur des jours d'après... le grand champ vide et lumineux qui me tendait les bras. On s'y est vautré. Et ce si beau mariage de ma copine, non mais les papillons dans le ventre! C'est passé drôlement vite. Juillet. Horrible juillet, juillet sans pitié. L'injustice de ceux qui ne devraient jamais partir et qui sont enlevés brutalement. Je pense tellement souvent à lui. Noir juillet, où il a fallu que ça fasse un an que maman était loin, aussi. Puis on est allé chercher du bleu, on a trouvé du chaud, et des baisers salés. La drôle de fatigue des kilomètres avalés. Le mini balcon du studio loué à Montpellier, dans la nuit, enroulés dans les draps. Etre collés à Arles, un si doux souvenir. Août. Une migraine, une nuit, tant j'ai pleuré. Les jours d'été qui duraient, mais la rentrée qui se faisait plus précise. D'autres péripeties, parce que plus personne ne pouvait faire autrement. Un point final aux souffrances. Septembre. Non mais septembre, quoi! Le mois durant lequel je suis parfois rentrée en courant, le midi, juste pour chiper un baiser. Où j'ai pleuré dans des toilettes au travail, en pensant que j'étais peut-être plutôt faite pour devenir fleuriste. Ce fut le mois des bonnes résolutions aussi, certaines se sont vite étiolées, mais vivre dans le péché c'est bon aussi. Et puis les patients, découvrir qu'il faut les porter à bout de bras/du bout des doigts.. Octobre. Bon, bon, bon, on dirait que les choses peuvent s'ajuster. J'ai fêté son anniversaire avec mon père, pour la première fois depuis six ans. Le bonheur et des bouquins belges. Ce fut le sien aussi, de bday, mes aiguilles ont alors bien travaillé, et vive le point de vannerie! Les nuits se faisaient à la fois plus longues et plus courtes, et je commençais à penser à cet hiver inédit qui était sur le point d'arriver. Novembre. Je me suis sentie happée par l'avant, et tellement coupable. Madame ma Pauline est venue dormir à la maison, et j'ai trouvé qu'on avait trop de chance d'être des filles et de pouvoir autant glousser impunément. Manger tant de carrot cake, aussi. Je me suis mise à travailler plus. Et j'ai fait plein de commandes chez Anthropologie du coup, pff! On a commencé à parler xmas cakes et tutti quanti, et j'ai aimé son regard amusé. Décembre. J'ai senti la patience s'étioler devant certains enfants. Et bien sûr je m'en suis voulue. J'ai écouté 2000 miles des Pretenders une centaine de fois. Je raterai sûrement Ernest et Célestine au ciné, et je m'en voudrai. Et il y a ces jours suspendus que j'ai espérés. Ils ont fini par arriver. La bûche, que je referai lundi.Au repas il y aura du haggis végétarien. Camille, précieuse Camille, que j'ai eu la chance de rencontrer. Le 1er à me réveiller à ses côtés, ça ce sera sûrement bien. J'espère qu'un chat sera dans les parages... Les doigts croisés, et les rêves au bord des lèvres. Fou 2012, qu'il faudrait écrire dans un cahier.
Commentaires
Par ton passage, je te découvre en entrant par ce texte qui en quelques lignes mois après mois m'émeut, résonne parfois et se teinte de tant de sensations du froid nostalgique et parfois doux à la chaleur froide et si dure alors même que les jours sont si lumineux et le soleil au zénith. Une belle découverte que ton ici, merci!

Que 2013 te soit doux !
bises