22 janv. 13
L'air de rien. L'air de tout.

J'écrivais l'air de rien sur ces journées qui font adorer être une fille. Mais je crois qu'en fait ça n'est pas rien du tout que j'ai pu, une fois, écrire ça, et le penser, le repenser. Le déguster. Je le vis, ça sonne vrai, et je me repais dans cette pensée-féminité. Je ne m'en aperçois que maintenant. J'ai toujours joué à la fille, j'ai toujours eu un milliard de vernis, des rubans de barrettes contemplés des heures durant avec ma copine F. Une vraie chochotte. Aussi loin que je me souvienne j'ai toujours cru être (l') amoureuse de quelqu'un. Un quelqu'un-garçon, pas forcément un garçon-quelqu'un, mais il fallait bien, aurait-on dit que je pensais. Exister, mais dans les yeux de quelqu'un seulement, ça décharge de soi-même. Je faisais très très fort la fille, parce que bon sang ça n'était pas si sûr que ça. Évidemment. Singer ce que l'on n'est pas trop sûre d'être pour autant. Such a cliché. Ton père voulait tellement une fille. Pas si facile que ça, évidemment. C'est houleux, ça m'emporte et ça me cache. Même récemment, ce si fort appel du dedans, est-ce que...? D'un coup, je crois, ça a coulé de source. Ça a pu être. Être, quoi! Arrêter la cohabitation, les regards méfiants et la mise à distance d'avec elle. Des yeux qui se sont posés, peut-être, mais ce serait un peu trop facile de penser cela. Ce serait s'échapper à soi-même, encore une fois. Lui pour qui c'est si évident que je suis celle-là. T'es trop forte, et dans le vrai sens. Ces yeux que j'ai autorisés, avant qu'ils finissent par me surprendre. Conjointement ce je-sans-guillemets a émergé. La belle musique, je vous jure. Aujourd'hui le M. du fauteuil a dit, après que je lui ai exposé quand c'est un peu trop fort danslecoeuretdansleventre, vous avez l'air drôlement en vie. Mince, alors!
Ça pulse, c'est vrai. J'écoute la musique trop fort entre les patients, le carnaval des animaux avec eux. Leurs mains filent vite dans les airs et leurs sourcils se défroncent après quelques notes. Les petits miracles pour lesquels on travaille fort commencent à émerger. Déjà! Débout, la main sur la porte, j'écris des messages en sautillant, parce que parfois le coeur fait n'importe quoi et que bien sûr il faut que je lui dise, à elle. Toi aussi t'es une vraie femme-dame-fille, tu sais, P. Le thé que je pars chercher l'air de rien, alors que je n'en pense pas moins, et que celui de la machine est dégeulasse. La mèche de cheveux de derrière l'oreille qu'il remet sans cesse, et le manteau que j'accroche nonchalamment, même si je sais que... Après je marche, j'ai une de ces dégaines, et c'est les Pixies que j'ai dans les oreilles. Certains passants pensent que mon sourire est pour eux. Un pas, un pas, un pas, et ça fait un chemin dans lequel je sèmerai moult cailloux.
Commentaires
truc de fille.
je crois que les vraies filles ont toutes un peu de ça. elles ont toutes un peu besoin de se rêver. elles ont toutes besoin de se deviner dans le regard d'un/e autre. elles rêvent toutes d'être une muse. elles imaginent toutes plus de douceur dans un autre jour. elles ne savent pas vraiment ce qu'elles veulent. elles sont souvent mieux connues par l'autre que par elles même.
sauf les chanceuses qui, comme toi, ont cette lucidité de grande fille.
et les Pixies !!

Ce sourire***
C'est vrai Mzelle tu es vivante..tu avance et pas à pas feutrés mais à pas de loup...l'esquisse devient dessin...et du dessin le papillon scintille déjà...
bon chemin la belle...ton sourire c'est ces mille cailloux que tu sèmes....s' aimes*