25 janv. 13
Avanti, bis.

18h33. 0km/h. Sur le parking, loin de chez moi. La route, encore. Pas trop d'absents aujourd'hui, le strict minimum, juste assez pour en maudire certains et aussitôt culpabiliser. Les vies de fous, qu'ils vivent, ces patients, alors comment caser une demi-heure même pas miraculeuse dans le casse-tête qu'est leur emploi du temps? Et pourtant, cette dame qui se lève à 4h du matin tous les jours, et qui n'est jamais absente? Il y aura toujours des contre-exemples, la difficulté, c'est subjectif. Ma place dans ce cabinet n'est pas claire non plus, j'y fus stagiaire, et est-ce que maintenant je suis vraiment une collègue? Je m'y sens encore en période probatoire, en quelque sorte. Je ne sais pas si j'ai envie de travailler dans un fauteuil qui est si peu le mien. Je suis peut-être bien un peu trop libre pour ça. 18h43. 81km/h. Mais pourquoi je m'insère toujours trop tôt, moi? Oui, oui, tu as raison de me faire des appels de phare. Je me rappelle que ça avait fait l'objet d'une séance entière chez le psy, cette impression floue de n'avoir de place nulle part. Oui, même sur une route! C'est sa musique à lui sur la clé, alors que je ne rêve que d'entendre Blur en ce moment. Je suis en plein revival, et toujours aussi amoureuse de Damon Albarn. Je repense aux séances, aux prises en charge qui vont bientôt s'arrêter, parce qu'ils ont appris à faire tout seul. Je n'arrive pas à me figurer que 30 minutes pendant quelques semaines peuvent laisser leur marque. Je découvre, après 4 ans d'études et de stages (clap, clap) que oui, ça sert peut-être bien à quelque chose l'orthophonie. Il y a tellement de choses qu'il faut éprouver par soi-même pour les penser vraies. Même si moi je ne fais rien, j'autorise tout juste un certain regard. 18h47. 135km/h. Biiiip. Oui, je sais, je vais trop vite. La voiture ça rend vraiment bête, mais tout ces gens qui traînent, ils n'ont pas d'amoureux à retrouver? Je pense au rendez-vous de demain, pour un 4ème boulot, ponctuel celui-ci, et qui me permettrait de voir des adultes. J'ai entendu parler de vous... Mais c'était peut-être bien seulement pour me flatter et m'apâter dans ce centre pas si folichon, plein de jeunes accidentés de la route, traumatisés crâniens et autres coups de pute de la vie. Je chante, et toujours aussi faux. Mince, alors. Il faudrait vraiment que je fasse un saut au supermarché, mais vraiment, faire le plein, payer l'urssaf, faire réparer ma machine à laver, et en plus faire les courses, là ça va trop me déprimer. Vive la vie de travailleuse, je suis un peu amère parfois. Rageuse, comme dirait Camille. Je trouve que les sacrifices à la normalité doivent avoir leurs limites. 18h55. 110km/h. J'admire ma docilité. Les commerciaux conduisent toujours tellement comme des idiots. Alors moi aussi je fais l'idiote. Enfin, un peu de mes chansons. Je chante encore, mais je ne suis pas sûre que B.Biolay dise vraiment de la "kéta" et du bonheur. Je suis une junkie, parfois, j'ai ça sous le coude. En héritage. Et d'ailleurs, c'est nulnulnul, mais j'ai envie de fumer. 19h01. 42km/h. Je suis donc aussi cette idiote qui grille tout le monde au feu rouge en se mettant sur la voie de gauche et qui jubile. A quand les dérapages au frein à main? Un jour j'aurai une grosse voiture, et je n'aurai plus qu'à lire du Baudrillard. Cette blouse est chouette mais vraiment trop serrée, vivement les minimisers, n'est-ce pas Pauline? Une poitrine de nourrice, disait ma mère. 19h06. 0km/h. Un jour quand je rentrerai de ce travail-ci, il fera jour. Ca me paraît loin, mais ce sera demain, ou presque. Et en août, est-ce qu'on fera vraiment ce dont on parle, ce qui nous occupe la bouche le soir avant de dormir? On n'a tellement pas la même façon de se projeter dans un plus tard, comment on fait pour s'accorder? Est-ce qu'on est obligé, ou est-ce qu'on peut se regarder exister en parallèle? Je ne sais pas si je suis quelqu'un d'indépendant, mais j'ai la vague intuition que ce serait mieux si c'était le cas. 19h11. 55km/h. Passion roue libre, même si c'est moins bien que dans les routes de campagne. Je fais comme ci c'était pas périlleux, et Kid A de Radiohead c'est vraiment jouissif. 19h14. Okm/h. Sur le parking, près de chez moi. Fini de divaguer, je suis arrivée.
Commentaires
C'est fou comme on divague, même au volant...
Je ne sais pas si c'est l'hyperactivité cérébrale ou notre incapacité à vivre juste l'instant, "toi derrière ton volant à faire gaffe à la route", mais il est vrai que les plus grands voyages dans ma tête, la plupart en tous les cas, je les ai faits derrière mon volant...
Mais c'était trop cool de rouler avec toi ; )Oui, même sentiment ici. Bosser, faire des efforts, des compromis, la fatigue, l ennui: pourquoi,? pour qu?i, pour acheter quoi encore? Et après?
L hiver c est encore plus dur de trouver du sens à tout ç a..j ai l impression d être dans une spirale sans fin. Heureusement il y a le Chéri, et le moment quand il me prend dans ses bras.
Ah j ai découvert ♥ ton amie P, je suis fascinée par son talent
Bon we à toutes. Trop froid sur Paris , je pense que je vais hiberner
Ah oui trop bien tourner ce billet de rêve....ces milles pensées folles que l on a en peu de temps....et oui ma Babounette orthophoniste dit pareil l impression de ne pas faire grand chose et pourtant...c est plen de subtilité le langage...ça te va très très très bien....demain c est le printemps?!youpieeeeee❤
Elles sont chouettes ces pensées automobiles. Trouver sa place, juste sa place, ça me coûte des sous toutes les semaines, ah ah ah. Mais avec le sentiment qu'après, ça sera tellement bien. Beau vendredi !
