14 févr. 13
Si moi



Quand je rentre de cette journée trop longue, il est un peu tard. C'est déjà la soirée pour plein de gens, et pour moi c'est quoi? Ça pourrait être un peu la nuit déjà. La fatigue, fil rouge, sacerdoce, compagnie indéfectible ces derniers temps. La faim, elle aussi, surtout, mais je n'ai pas le droit de manger la boîte de petits choux, une fois qu'il sera rentré seulement et je suis drôlement raisonnable. Je savoure les drogues légales, en attendant. J'allume la télé, et c'est le journal. Mille ans que je n'y ai jeté une oreille, et devant mon air hébété on y parle taï chi et célibataires. L'insoutenable attrait pour le vide. Je crois que je vais manger du jambon, mais comme d'habitude ce sera Flanelle qui héritera des petits morceaux qui ne sont décidément pas faits pour moi. Végétarienne de naissance, il faut bien l'admettre, finalement. Génétiquement herbivore. J'ai fait la route en mode automatique. Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pousse. Ca n'est plus si souvent, ces soirs où j'arrive dans une maison vide, une maison qui n'hume pas son odeur de citron pas tout à fait mûr.
Dans les jambes je sens encore tout ces pas, tout ces trottoirs de Paris arpentés. Toute seule pour commencer, les bords du canal, en attendant l'heure du rendez-vous attendu depuis longtemps maintenant. Ce lieu qu'elle avait choisi, tellement parfait, dans la petite rue dont je déforme toujours le nom. Des quenelles aux algues, cette purée rose fushia jolie, et les petits gâteaux à la poudre de wasabi. Oh sa voix, pas du tout comme je l'imaginais, bien plus riche, plus dense, qui raconte encore plus d'histoires. Ses ongles gommettes, et enfin pouvoir se raconter les choses qu'on a devinées à travers les mots, les tweets, les mails. Seule à nouveau après, repue voire plus, avec mon guide au bout du message. Je tripote la feuille de route dans ma poche, sur une feuille de cahier au stylo bic, étudiante un jour...Le bus, le métro, d'autres gens du dimanche. Je découvre enfin sa roulotte, sa fille, son amie, mais quel bonheur. Les jolies gens sont toujours joliment entourées. Cette chance, mais cette chance, que ces mots laissés ici depuis 5 ans ce mois-ci, m'ont mis sur la route de ces filles précieuses, ces filles rageuses et délicates, pour qui la vie veut tant dire. Tout de suite on rit, tout de suite on boit du thé. On attend notre troisième pièce du puzzle. Bien sûr elle me surprend, bien sûr elle est encore plus chouette que prévue. Après ça s'enchaîne, les blogueries, les endroits où l'on va en pèlerinage. Toutes ces bonnes choses à manger, ces petits cailloux dans les mains qui me feront longtemps sourire, même quand ce sera pas rigolo la vie. Croisées en vitesse, mais juste assez pour donner envie de plus, d'autres dames de la vie, et tant mieux tant mieux. D'autres visions du monde dont je ne voudrais pas me priver.
Maintenant il va s'agir de ne pas trop compter les jours jusqu'aux vacances, je veux qu'elles arrivent en surprise, et jouent les parenthèses. J'ai encore plus de doudous à trimballer maintenant, alors plus rien ne peut m'arriver. Les crèmes qui sentent forcément bon, les foulards à pois, les lunch box jolies et les bougies qui sentent les cheveux au soleil. Enfin si, j'espère, en fait, que tout peut m'arriver. Dix jours à savourer, un peu ailleurs, si tout va bien, avec lui aussi je veux baptiser des trottoirs inconnus, lever la tête et être surprise, me coucher fourbue sans pouvoir m'arrêter de parler.

Le reste, tu sais.